Cours DE Semantique  MaîtrisE

Stéréotypie et figement en sémantique lexicale

ã Francis Grossmann, 2003.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Chapitre 1 : Fondements de la stéréotypie lexicale

 

 

 

Bibliographie

 

AMOSSY Ruth. et HERSCHBERG PIERROT Anne, Stéréotypes et clichés. Paris : Nathan, coll.

«128», 1997.

CHARAUDEAU, P., & MAINGUENEAU, D.  (Dir.)(2002), Dictionnaire d’Analyse du Discours, Paris, Seuil. (en particulier, article « Stéréotype).

Anscombre J.D. et Ducrot O., 1988, (2ème édition), L'argumentation dans la langue, Liège Bruxelles, Pierre Mardaga Editeur.
Bally C., 1952, Le langage et la vie, Genève, Droz.
Bakhtine M., 1984, Esthétique de la création verbale, Gallimard.
Ducrot O., 1984, Le dire et le dit, Editions de Minuit.
Galatanu O., 1999a, " Argumentation et analyse du discours ", in éd. Gambier, Suomela-Salmi E., Jalons 2, Publication du Département d'Etudes Françaises Université de Turku, Finlande, p. 41-53.
Galatanu O., 1999b, " Le phénomène sémantico-discursif de déconstruction-reconstruction des topoï dans une sémantique argumentative intégrée ", in Langue Française n°123, Septembre 1999, p. 41-52.

GROSS, G., 1996, Les expressions figées en français, noms composés et autres locutions, Paris, Ophrys.
Maingueneau D., 1991, L'Analyse du Discours, Paris, Hachette Supérieur.

SCHAPIRA, Ch., 1999, Les stéréotypes en français : proverbes et autres formules, Paris, Ophrys.


 

Introduction

Aborder la question de la stéréotypie en sémantique peut paraître paradoxal dans la mesure où généralement, l’approche sémantique s’intéresse plutôt à la décomposition du sens, puisque généralement c’est en décomposant que l’on peut retrouver la motivation sémantique. S’intéresser à la stéréotypie signifie que l’on va suivre le mouvement inverse et s’intéresser à ce qui rigidifie le sens, l’opacifie, l’obscurcit. Le mot stéréotype vient du grec ‘stéréos’ qui veut dire solide :

Le terme « stéréotype  est polysémique, puisqu’il peut désigner  :

1. une  formule banale, opinion commune (ambivalence : langage/pensée : désigne un figement au niveau de la pensée (représentation, discours)  ou de l’expression.

 2. en typographie, un cliché : remarquez que ‘cliché’ comme ‘stéréotype’ appartiennent  au vocabulaire de la photographie. Stéréotyper : convertir en planches solides d’un seul bloc des pages préalablement composées en caractères mobiles.

« Dans le domaine de l’imprimerie, au 19ème siècle, le « clichage », également dit stéréotypie, permettait la reproduction en masse d’un modèle fixe. A partir de 1865, « cliché » signifie aussi « négatif » en photographie. De là vient le sens figuré de « cliché » qui, dans le Larousse de 1869, désigne déjà « une phrase toute faite » ou une « pensée banale ». « Stéréotypé » en vient de même à désigner ce qui est fixe, figé ». (Charaudeau & Maingueneau (dir.) Dictionnaire d’analyse du discours, p. 544).

 

En général, le terme stéréotype a une connotation négative. Cependant, nous verrons que certains emplois prétendent éviter cette vision péjorative. Le stéréotype peut donc être défini par une double caractéristique :

a) son caractère largement partagé dans le monde social (ce qui n’empêche pas que les stéréotypes diffèrent aussi en fonction du milieu, des classes sociales, etc. )

b) une fonction de schématisation, de « caricature » qui structure les représentations.

De plus, si l’on se situe cette fois sur le plan formel, on peut dire que le stéréotype, quel que soit le code ou le système sémiotique (langagier, iconique, etc.) dans lequel on le trouve revêt :

a) une forme plus ou moins figée, qui permet une mémorisation et une identification rapide

b) une forme récurrente (cf. le slogan, cas le plus typique), qui n’exclut pas cependant la possibilité de variations.

Le terme de « stéréotypie » a permis de décrire des  phénomènes relativement hétérogènes dans les sciences humaines, et également en sémantique linguistique. Un des buts de ce cours est d’examiner si, derrière cette diversité, il y a quelques avantages à relier, à travers la notion de stéréotypie, ces différents phénomènes, ou si en définitive, la fortune du terme « stéréotype » obscurcit plutôt qu’elle n’éclaire les phénomènes en question, d’autant que pour compliquer encore un peu les choses, on le trouve utilisé également en concurrence avec « prototype ». Introduisons tout de suite quelques unes des principales motivations qui ont nourri l’usage du terme « stéréotype » ou plus généralement de la stéréotypie  :

- il est utilisé dans le champ des sciences sociales, et en particulier de la sociologie, en concurrence ou en complément de la notion de représentation sociale ;

- il est utilisé en linguistique, dans les études sur les locutions, collocations, expressions figées, proverbes, qui connaissent à l’heure actuel un renouveau d’intérêt en linguistique ; dans ce cadre, la stéréotypie conduit à prendre en compte des séquences, des syntagmes de dimensions variables, dont les unités ont en commun de ne pas avoir la même liberté de construction ou d’emploi que des unités complètement autonomes ; cette problématique conduit donc à  examiner les différents types de contraintes sémantico-syntaxiques qui pèsent sur ces associations lexicales, et à faire l’inventaire critique des différentes étiquettes utilisées (par exemple, « collocation », « locution », « idiotisme : «Forme ou locution propre à une langue, impossible à traduire littéralement dans une autre langue de structure analogue (gallicisme, anglicisme, germanisme, hispanisme, latinisme., PR) ; il est aussi intéressant de se pencher sur des cas limites comme ceux des proverbes ; en quoi relèvent-ils d’une étude linguistique (et non pas seulement littéraire ou culturelle) ?  [Cf. TD Texte : « Grille du matin : du pain sur la planche » ]

- la stéréotypie est également étudiée  par les analystes de discours (cf. les différents courants d’analyse du discours, en particulier « l’Ecole française d’analyse du discours ») pour étudier le langage politique (Pêcheux) ou « la langue de bois » (…), ou encore le langage publicitaire (B.N. Grünig)

-  en philosophie du langage, et en sémantique, le terme de « stéréotype » est employé par certains auteurs (H. Putnam en Philosophie du langage, Fradin, Anscombre et Ducrot en sémantique linguistique) pour discuter les théories classiques du sens lexical (théories que l’on fait remonter à Aristote) et qui consistent à admettre que le sens lexical peut être décomposé en différents éléments qui en se combinant, forment la signification de ce mot. Le sens d’un mot, d’une expression ou d’un énoncé dans les conceptions classiques, est considéré comme une combinaison d’atomes sémantiques, qui ont une traduction dans l’esprit  sous la forme d’une représentation mentale. C’est à cette conception que les auteurs se réclamant des théories du stéréotype prétendent proposer une alternative, au moins pour certaines catégories de nom.

Dans ce chapitre introductif, je vais me contenter de présenter très rapidement ces différentes approches de la stéréotypie. Dans les séances ultérieures, nous reviendrons plus en détail sur nombre d’aspects ici très brièvement évoqués. Nous essaierons pour finir de voir s’il existe un lien entre ces différentes manières de parler de  la stéréotypie.

Fondement social du stéréotype 

 Le journaliste américain Walter Lippman utilise en 1922 (« Public Opinion »), le terme de stéréotype pour rendre compte du caractère à la fois condensé, schématisé et simplifié des opinions qui ont cours dans le public. Il explique d’abord ce phénomène par l’existence d’un principe d’économie, en vertu duquel l’individu penserait par stéréotypes pour éviter d’avoir à réfléchir à chaque aspect de la réalité. Mais, plus profondément, il le lie à la nature même des opinions; de ce que celle-ci est avant tout verbale, il conclut que l’homme ne juge pas en fonction des choses mais des représentations qu’il a de ces choses :  « On nous a parlé du monde avant de nous le laisser voir. Nous imaginons avant d’expérimenter. Et ces préconceptions commandent le processus de la perception.» Dans sa Théorie des opinions, Jean Stœtzel établit plus précisément que l’effet puissant des stéréotypes tient à ce qu’ils sont comme les clichés, les symboles ou les slogans, les «significations elles-mêmes», c’est-à-dire quelque chose d’immédiatement communicable et assimilé par les individus. Le stéréotype apparaît ainsi comme un élément de la structure des représentations: il ne prend toute sa signification que rapporté à sa composante individuelle et aux coordonnées sociales.

Dans cette optique, les stéréotypes, ce sont « les images préconçues et figées, sommaires et tranchées, des choses et des êtres que se fait l’individu sous l’influence de son milieu social » (Morfaux, 1980, cité par Charaudeau et Maingueneau, 2002, p.546). Au carrefour de la sémiologie et de la linguistique, on peut  rappeler en France, la figure pionnière  d’un Roland Barthes qui dans ses Mythologies  (1957) s’efforce de débusquer les clichés et les stéréotypes, le « prêt-à-penser » de la société moderne. Il avait été précédé dans cette voie par le Flaubert du Dictionnaire des Idées reçues.  Barthes fournira par la suite, dans sa conférence inaugurale au Collège de France, en 1977, une vision extrêmement négative de la notion de stéréotype, celui-ci étant perçu cependant comme incontournable, dans la mesure où il est assigné à la langue elle-même :

« Dès qu’elle est proférée, fût-ce dans l’intimité la plus profonde du sujet, la langue entre au service d’un pouvoir. En elle, immanquablement, deux rubriques se dessinent : l’autorité de l’assertion, la grégarité de la répétition. D’une part la langue est immédiatement assertive (…) ; ce que les linguistes appellent la modalité n’est que le supplément de la langue, ce par quoi, telle une supplique, j’essaie de fléchir son pouvoir implacable de constatation. D’autre part, les signes dont la langue est faite, les signes n’existent que pour autant qu’ils se répètent ; le signe est suiviste, grégaire ; en chaque signe dort ce monstre : un stéréotype : je ne puis parler qu’en ramassant ce qui traîne dans la langue. »

 

Cette conception négative (« la langue est fasciste » dit même Barthes), est aujourd’hui largement remise en cause par le retour de la notion de sujet en AD :  le sujet s’approprie la langue, la détourne pour son propre compte, et les séquences d’apparence les plus stéréotypées peuvent parfois être dire autre chose que ce pour quoi elles semblaient faites. La langue n’est pas seulement répétition mais aussi invention.

Le stéréotype comme pré-construit  : l’analyse du discours

S’interroger sur le stéréotype oblige à repenser le lien dialectique entre stabilité et variation du sens. C’est pour cela que « le point de vue sur le stéréotype présuppose une vision de la langue, ou tout au moins du rapport à la langue. » (cf. l’extrait déjà cité de la leçon de Barthes).

« La langue, libre, se fige et se gèle à l’usage, donnant naissance, par des redondances et des amalgames successifs, à des configurations discursives et des stéréotypies lexicales qui peuvent être interprétées comme autant de formes de «socialisation » du langage. En d’autres termes, on n’échappe pas au cliché, au stéréotype, tout énoncé utilise les règles et les mots de la tribu, et ne peut donc être que répétition et cliché, puisque l’on parle toujours avec les mots d’autrui, avec des mots chargés d’une histoire, d’une mémoire que je m’approprie, mais qui ne m’appartiennent pas. Ce qui est à la limite insupportable dans le cliché, c’est que c’est la langue qui y parle et non moi. »

 

Les expressions stéréotypées sont des révélateurs de pré-construits (Henry, 1977) : les évidences idéologiques paraissent alors s’inscrire si naturellement dans la langue, que l’on oublie que leur interprétation mobilise le contexte culturel qui les a lexicalisées. Les expressions stéréotypées ramassent ou concentrent aussi des lieux communs qui ne s’apprennent pas dans le monde phénoménologique, mais dans les discours. L’une des branches de l’Analyse du Dicours est celle qui s'est développée en France sous l’impulsion de Michel Pêcheux à partir des années 60[1][1] . Bien que ses finalités soient très différentes du projet harrissien, la référence aux travaux de Harris reste essentielle, dans la mesure où l’on vise également à mettre en évidence les structures formelles des discours. Cependant, l’AD de Pêcheux a suivi son propre chemin, s’appuyant aussi sur Althusser, Lacan et Foucault, à travers des concepts comme ceux de formation discursive [2][2](Foucault), de pré-construit[3][3] (P. Henry et M. Pêcheux). La caractéristique essentielle de ce courant, est de se centrer sur l’analyse idéologique de textes écrits (en particulier, au moins à l’origine, les textes politiques), en partant des récurrences, ou les aspects formels qui permettent de mettre en évidence les effets d’imposition de l’idéologie. Comme le remarque D Maingueneau (1991, p.13), le mot « analyse » est à prendre quasiment au sens psychanalytique du terme, dans le sens où l’on cherche à mettre en évidence ce qu’il cache ou qu’il prétend masquer. La paraphrase, mais aussi des aspects directement linguistiques comme le rôle des relatives, ou encore celle des nominalisations ont été étudiés dans cette perspective. La question du corpus et de son traitement est donc au centre des discussions, M. Pêcheux cherchant à automatiser l’analyse grâce à l’outil informatique (Analyse Automatique du Discours)[4][4].

Lorsqu’on parle de stéréotypie en linguistique, on a parfois tendance à privilégier le niveau lexical  ou phrastique (les locutions, les expressions figées, les proverbes etc.). Cependant, un certain nombre de phénomènes de stéréotypie linguistique  concernent plus largement la syntaxe du discours. On peut en prendre pour exemple ce que l’on a parfois appelé la langue de bois. Cette expression a été utilisée d’abord pour caractériser un certain type de discours politique – en particulier le discours soviétique dans les années 1960-70. L’expression langue de bois a ensuite été utilisée pour caractériser d’autres types de discours, également perçus comme figés et répétitifs, comme la langue des « Enarques » ou des hauts fonctionnaires rédigeant des notes administratives. Cf Dictionnaire PR : « langage figé de la propagande politique; par ext. façon de s'exprimer qui abonde en formules figées et en stéréotypes non compromettants (opposé à franc-parler). »

Dans les années 80 –90, on a essayé de caractériser de manière plus fine au plan linguistique les procédés utilisés par la langue de bois (cf. DAD, p.336). Les traits sélectionnés concernent autant la syntaxe que le lexique :

a)  la désagentivité : l’effacement de l’agent dans des tournures verbales passives.

b) la dépersonnalisation : la substitution de tournures impersonnelles aux tournures personnelles

c) la substantivité (appelée parfois « style substantif ») : le remplacement des syntagmes verbaux par des syntagmes nominaux complexes et plus abstraits

d) l’épithétisme : la multiplication des compléments déterminatifs du nom et des adjectifs épithètes

e) une terminologie restreinte, synonymique, autoréférentielle

f) une phraséologie originale, reposant sur des figements syntaxiques stables et une sloganisation développée

g) une opacité référentielle importante

h) des rituels communicationnels identifiables.

L’étude de la langue de bois peut être envisagée, en fonction du sens qu’on donne à cette expression dans deux directions :

- l’étude des discours de propagande ou à contenu idéologique fort

- l’étude des discours forgés dans des institutions, dans des milieux professionnels (cf. le discours pédagogique dans les IUFM) ; on se rapproche alors du sens de « jargon », dans son sens péjoratif (cf. PR : «  Péj. Langage particulier à un groupe et caractérisé par sa complication, l'affectation de certains mots, de certaines tournures. Le jargon des Précieuses. La piété de bon ton, « sans barbarie scolastique ni jargon mystique » (Renan) ».)

Certains sociolinguistes (Gardin, 1988) ont montré que l’adoption d’un jargon ou d’une langue de bois n’était pas seulement l’étude d’une dégradation, d’une entropie du langage vivant, mais qu’il était également un moyen pour un locuteur, même non légitime, d’être identifié comme appartenant à une communauté linguistique donnée (et donc d’avoir le droit, au sens concret comme figuré, de « prendre la parole »). La stéréotypie est donc reliée à la question de l’identité.

Quel a été l’héritage de cette analyse du discours, vue comme moyen de démasquer l’idéologie ?

On peut signaler que l’analyse idéologique des textes écrits a progressivement connu moins de succès en France et en Europe. En effet, à la version « critique », qui cherchait à démasquer l’idéologie sous-jacente dans les discours a progressivement succédé une approche différente, qui tend à réhabiliter la notion de stéréotype. Sous l’influence du théoricien M. Bakhtine et de sa conception du dialogisme, les nouveaux analystes du discours développent l’idée que toute énonciation prend appui sur le dire d’autrui, et que les stéréotypes, énonciations déjà là fournies par l’interdiscours, forment un point de passage obligé à la construction de tout discours. Le même mouvement de réhabilitation du stéréotype se retrouve en didactique (cf. par exemple le n°10 de la revue Recherches, Apprentissages et stéréotypes, 1989)

Rhétorique du stéréotype

Stéréotypie et culture             

J. L. Dufays (1997, p. 316) distingue trois types de phénomènes concernés par la stéréotypie : - des phénomènes langagiers, liés aux collocations ou aux structures proverbiales (le « luxe tapageur », « les aspirations légitimes », « tourner la page », « il n’y a pas de fumée sans feu ») ; on peut ajouter qu’au plan linguistique, la stéréotypie peut aussi concerner le signifiant (les stéréotypes graphiques, cf. A. Millet, 1997) tout comme le signifié ;

- des séquences d’actions ou scènes (correspondant à ce que, suivant la tradition des formalistes russes, je préfère appeler motifs pour montrer leur ancrage discursif) : par exemple, dans un feuilleton du dix-neuvième siècle, le motif de la jeune fille pure séduite par le séducteur sans scrupule.

-  des représentations socioculturelles enfin concernant les objets, les lieux, les personnages, etc. :  Venise, la ville des amoureux ; l’avarice des Ecossais, etc.

 Si l’on peut être d’accord sur le fait que ces trois aspects embrassent bien les différentes sortes de stéréotypie, il semble un peu réducteur d’étiqueter comme phénomènes langagiers les éléments relevant seulement de la première catégorie. Comme le signale J.-L. Dufays lui-même (ibid., p. 317), « si (…) le lexique est inséparable de la culture qui l’irrigue[5][5], c’est parce que la culture est à proprement parler clichée dans les mots » et que « chaque mot d’une langue possède ses stéréotypes, son cortège de référents conventionnels ». Bien sûr, les motifs, descriptifs ou narratifs, sont susceptibles de s’incarner dans des manifestations imagées non langagières. Cependant, ils sont soumis dans le discours à des traitements spécifiques qui les transforment en scènes de genre jouant un rôle spécifique dans l’économie générale du texte[6][6],  et de plus, comme nous allons le voir, ils peuvent jouer un rôle dès le niveau du sens lexical.

Stéréotypie de langue et stéréotypie de pensée

Cette idée qu’il y a un pont entre la stéréotypie des expressions linguistiques et les représentations sociales et culturelles se heurte cependant à la dichotomie parfois établie entre stéréotypie de pensée et stéréotypie de langue (cf.  Armossy et Herschberg Pierrot, 1997, Schapira, 1999).

Les stéréotypes de pensée « fixent dans une communauté donnée, des croyances, des convictions, des idées reçues, des préjugés, voire des superstitions : les Ecossais sont réputés avares, les Polonais boivent beaucoup, il fait beau à la St Jean, après l’Ascension le temps se gâte, qui est heureux au jeu est malheureux en amour (…) » (Schapira, 1999 :2).

Les stéréotypes de langue, s’ils se fondent évidemment sur des stéréotypes de pensée, auraient comme caractéristiques d’avoir toujours une expression linguistique spécifique (expression figée ou semi figée, métaphore lexicalisée, etc.), ce qui ne serait pas toujours le cas des stéréotypes de pensée. Par exemple, nous dit Schapira (ouvr. cit., p.2), il y a un préjugé courant selon lequel les Ecossais sont avares. Or, il n’y a pas d’expression figée du type « avare comme un Ecossais », alors que l’expression figée « saoul comme un Polonais » est répertoriée par les dictionnaires. Mais cette distinction paraît cependant peu solide. On peut remarquer que s’il n’existe pas d’expression figée, il y a bien une connotation attachée au lexème ‘Ecossais’ qui fait que dans certains contextes, on peut interpréter Ecossais comme « être avare  ». Prenons un autre exemple, peut-être plus clair. Il y a des stéréotypes associés au lexème « fonctionnaire » : gratte-papier, borné, et surtout l’idée qu’un fonctionnaire s’en va dès que l’heure de la fin de son travail est arrivée, même s’il y a encore des choses urgentes à faire. Cependant, il est vrai que l’on n’a pas affaire à une  expression figée, ou à une locution, du type « paresseux comme un fonctionnaire ». C’est le sémantisme du nom qui porte alors le stéréotype. On remarque par exemple que le sens stéréotypé de « fonctionnaire » permet  l’utilisation de l’adjectif fonctionnaire dans le sens du stéréotype : il s’en va dès qu’il a fini son travail, il est très fonctionnaire.

La distinction ne se situe donc pas entre « stéréotypes de pensée » et  « stéréotypes de langue », puisque la « pensée » s’incarne toujours d’une manière ou d’une autre dans la langue, mais entre des stéréotypes qui s’incarnent ou non dans des expressions plus ou moins figées. En effet, certaines expressions figées ne sont pas « stéréotypiques » au sens social du terme. Si l’on veut établir un pont entre la conception sociale de la stéréotypie et son incarnation linguistique, il faut que l’expression (plus ou moins figée) incarne un lieu commun, un cliché (nous reviendrons sur ces termes).

            Une théorie des stéréotypes articule donc nécessairement linguistique et rhétorique. La rhétorique ayant théorisé la question des « lieux », des clichés. La rhétorique classique a  fourni une approche des phénomènes de stéréotypie, en recourant à des étiquettes diverses. On peut rappeler que bon nombre d’expressions figées ne sont que des métaphores ou des comparaisons lexicalisées. Par exemple, être fort comme un Turc ; être blanc comme un linge. Vous constatez que ces deux expressions figées sont des comparaisons lexicalisées utilisées comme intensifs de l’adjectifs ; être fort comme un Turc, c’est être « très fort », « être blanc comme un linge », c’est être très blanc. Si on peut , dans certains cas, substituer ces comparaisons à l’adverbe intensif « très », c’est bien qu’elles jouent un rôle d’outil pour marquer l’intensité, et doivent être étudiées comme telles. Elles sont donc tout à fait linguistiques. Mais en même temps, on voit bien qu’elles s’appuient sur des stéréotypes sociaux. (Tous les Turcs ne sont pas forts, et tous les linges ne sont pas blancs). Chaque langue naturelle recourt à des stéréotypes spécifiques : ainsi les français disent fort comme un bœuf, alors que les Allemands font appel au cheval pour créer une expression similaire.

Un autre exemple intéressant de la manière dont la stéréotypie s’introduit dans la langue est  le renversement qui conduit un nom de personne à devenir un nom commun (cf. notre TD); Hercule était considéré comme fort (stéréotype) ; un Hercule désigne dans le langage courant un homme très fort. Hercule devient le type de l’homme fort. La rhétorique nomme ce procédé l’antonomase. [Cf. PR : « Trope qui consiste à désigner un personnage par un nom commun ou une périphrase qui le caractérise, ou, inversement, à désigner un individu par le personnage dont il rappelle le caractère typique (ex. un harpagon pour un avare, la Dame de fer pour Mme Thatcher) ] »

Cependant, vous remarquez dans cet exemple une ambiguïté sur laquelle il nous faudra revenir. Un stéréotype peut être vu comme une représentation qui a tendance à généraliser indûment un trait : par exemple, les Ecossais sont avares, les Suisses sont lents. Le stéréotype dans ce cas, est une qualité attribuée de manière discutable. Dans l’exemple d’Hercule, la qualité qui lui est attribuée n’est pas usurpée (du moins si l’on suit la légende). Le mot « stéréotype » désigne alors un trait qui apparaît comme particulièrement saillant : Hercule peut être décrit de mille façons, mais le trait qui ressort le plus, est la force. Il semble que la notion de stéréotype tende ici à se rapprocher de celle de prototype, au sens de la sémantique du prototype. Vous vous souvenez que d’après Rosch (première version), le protototype est le » meilleur exemplaire » permettant de représenter une catégorie. De même le stéréotype «  très fort », appliqué à Hercule, semble être l’attribut le plus caractéristique de ce personnage. Nous n’approfondirons pas pour l’instant les différences entre prototype et stéréotype.

Quelques notions de base pour l’analyse rhétorique de la stéréotypie

 

J’emprunte à Ruth Amossy et Anne Herschberg Pierrot (1997 : 9-29), en ajoutant parfois quelques commentaires,  les définitions suivantes, ainsi que leurs développements, qui permettent d’opérer des distinctions utiles.

Clichés

Quelques exemples : vie orageuse, remords dévorant, enflammé de colère, fondre en larmes, plus blanc que la neige, des yeux de lynx, une vallée de larmes, etc.

Un cliché est donc toujours une figure de style (métaphore, comparaison, métonymie…), qui s’est usée et qui a donc perdu son pouvoir d’évocation.La conscience du cliché semble moderne, et liée au refus des conventions, apparu avec le romantisme.

Cf. Victor Hugo, dans les Contemplations (cité par R.A et A. H.P., p.11) :

Je massacrai l’albâtre, et la neige et l’ivoire

Je retirai le jais de la prunelle noire

Et j’osai dire au bras : Sois blanc tout simplement.

NB : c’est au 19ème siècle que les évolutions techniques de l’imprimerie inventent de nouveaux procédés de reproduction de masse d’un modèle fixe (procédé du clichage et de la stéréotypie).

Le cliché n’est donc pas défini seulement comme une formule banale, mais comme une expression figée, répétable sous la même forme. Cependant, lorsque nous nous situerons sur un plan strictement linguistique, nous n’utiliserons pas le terme de cliché, qui est un terme rhétorique, et qu’il est difficile de caractériser sémantiquement (ce qui apparaît comme « cliché » pour certains ne l’est pas forcément pour d’autres).  Nous nous contenterons de désigner certaines associations, souvent qualifiées de clichés par la rhétorique, comme des collocations : par exemple « fort comme un Turc » est une structure permettant d’intensifier « fort ». Reste  qu’il est important, même au plan linguistique, de spécifier l’usage de telles collocations ( « il est fort comme un Turc »  n’apparaîtra pas dans le même contexte communicatif.

 

Poncif

 

Le terme poncif est plus ancien que celui de cliché, dont l’origine est également métaphorique. Au 16ème siècle, un poncif désigne le « papier dans lequel un dessin est piqué ou découpé, de façon qu’on puisse le reproduire en le plaçant sur une toile ou une autre feuille de papier, et en ponçant par dessus avec une poudre colorante » (Larousse du 19ème siècle). Au 19ème siècle, le poncif est un « dessin fait de routine, selon un type et des procédés conventionnels » (1828, Dictionnaire historique de la langue française, Le Robert).

PONCIF, nom ou adjectif qualifie en littérature une thématique, un personnage ou un style convenu. S’étend aussi aux arts et à l’expression dramatique : cf. chanteur qui met la main sur le cœur pour dire « je l’aimerai toujours ». A donc une extension nettement plus grande que le cliché.

Terme aujourd’hui moins usité.

 

Lieux communs

Notion très ancienne, qui remonte à l’Antiquité, en particulier à la dialectique et à la  rhétorique aristotélicienne, et qui n’a pas au départ de sens péjoratif.

Chez les Grecs : topoï koinoi (cf. le mot topos, topoï, récupéré par certains sémanticiens aujourd’hui).

Chez Aristote, les lieux communs sont des catégories formelles d’arguments, ayant une portée générale, comme le possible et l’impossible, le plus et le moins, les contraires, l’universel et le particulier. Ils sont dénommés « communs » parce qu’ils concernent les trois genres de la rhétorique (délibératif, judiciaire, épidictique)[7][7] et s’opposent en cela aux lieux spécifiques, particuliers à un genre, comme les sujets de louange pour le genre épidictique, genre de l’éloge et du blâme. Cependant, progressivement (à partir de Cicéron selon Marc Angenot, cf. La parole pamphlétaire. Typologie des discours modernes, Paris, Payot, 1982), « l’analyse topique est pervertie par un contre-sens majeur sur son objet, sa finalité et son intérêt pratique. La théorie des lieux communs se ramène très tôt à de vaines taxinomies de thèmes à aborder dans le discours ». Intégrés à l’inventio (ou recherche des idées) les topoï ne sont plus  seulement une méthode de raisonnement mais deviennent une réserve d’arguments types, de procédés d’amplification et de développements tout faits. Cf. par exemple au Moyen Age le thème descriptif du paysage idéal (locus amoenus), verger, pré fleuri qui peut représenter l’image du paradis ou être le lieu de la rencontre amoureuse. Progressivement, le terme « lieux communs » va prendre le sens d’ « idées rebattues, banales ». Au 19ème siècle, sens très rebattu. Cf. le Dictionnaire des lieux communs (1902, 1913) de Léon Bloy se veut un pamphlet antibourgeois. Il est intéressant de constater qu’il rassemble des sentences et des proverbes (Il ne faut pas jouer avec le feu, Le temps c’est de l’argent, Tous les goûts sont dans la nature, etc.). Cependant, cette vision négative est parfois nuancée : pour Rémy de Gourmont, les vérités ne sont rien d’autre que des lieux communs.

La sémantique d’Anscombre et Ducrot, qui récupère dans un sens plus technique la notion de « topoï » ne l’utilisera pas non plus dans un sens négatif, et la fera entrer, comme nous le verrons, dans un cadre argumentatif, renouant d’une certaine façon avec la rhétorique ancienne.

Idées reçues

Expression qui ne s’est figée, dans un sens négatif et polémique qu’au 19ème siècle, même si l’expression existait depuis le 18ème siècle dans le sens d’ idées acceptées par tous. Flaubert a largement contribué, après 1950, à lui donner son sens critique actuel, grâce notamment au célèbre Dictionnaire des idées reçues. Les idées reçues sont les idées dominantes, celles qui s’imposent à nous ou qu’on veut nous imposer autoritairement :

cf. Lettre à Louise Collet, 1852 : « Saint-Pierre de Rome, œuvre glaciale et déclamatoire, mais qu’il faut admirer. C’est dans l’ordre. C’est une idée reçue. ».

cf. aussi définitions issues du Dictionnaire des Idées reçues :

MONTRE : une montre n’est bonne que si elle vient de Genève

OUVRIER : toujours honnête quand il ne fait pas d’émeute.

Le dictionnaire montre aussi l’ancrage langagier des idées reçues :

NAVIGATEUR : toujours « hardi »

SALUTATIONS : toujours « empressées »

On remarque dans ces deux derniers exemples que nous avons affaire à ce que nous appelons aujourd'hui "collocations" : la langue lexicalise parfois les idées reçues au sens de Flaubert.

Parfois, cependant, certaines définitions des idées reçues sont plus ironiques et subtiles, et non pas directement de correspondant linguistique :

IMBECILE : Tous ceux qui ne pensent pas comme vous.

Stéréotype

Je ne reviens pas sur l’origine de ce mot ni sur son emploi social. Retenons que dans l’usage courant, le terme de stéréotype désigne une image collective figée, péjorative. Par exemple le stéréotype de la jeune fille pure et innocente, ou du juif avare. Nous l’utiliserons quant à nous comme générique, incluant les différents types (englobant donc les clichés, les poncifs, les lieux communs, les idées reçues) : notre rapide survol nous a montré en effet qu’il n’y avait pas de frontières fermes entre ces différentes notions, la seule véritablement opérationnelle du point de vue d’une caractérisation linguistique étant le cliché (figure lexicalisée et banalisée) dans la mesure où l’on peut le repérer au travers des fréquences des co-occurrences lexicale.

 

L’exhibition du stéréotype

 

Le stéréotype, c’est souvent celui d’autrui, puisque nous ne sommes pas forcément conscients des stéréotypes qui sont les nôtres, mais que nous reconnaissons facilement ceux d’autrui. La question de la mise en évidence, de l’exhibition du stéréotype joue donc un rôle crucial dans la problématique de la stéréotypie : la stéréotypie n’existe que montrée, démasquée. Le locuteur ou le scripteur peut manifester par des moyens divers, prosodiques à l’oral, scripturaux à l’écrit, le fait qu’il recourt à une expression stéréotypée, dont il refuse d’endosser la responsabilité énonciative. C’est le procédé que J. Authier-Rewuz appelle la « modalisation autonomique » qui consiste à mentionner que l’on cite un discours autre (notamment un discours stéréotypé). A l’écrit par exemple, on peut recourir à l’italique ou à la mise entre guillemets. Si j’écris que

José Bové a montré sa passion pour « l’héroïque lutte des paysans », le fait de mettre entre guillemets « héroïque lutte des paysans », je montre le caractère stéréotypé et donc vaguement ridicule de l’expression (qui correspond ici, au plan stylistique, à un cliché).

Conclusion

La notion de stéréotype semble beaucoup trop vague pour servir d’appui à l’analyse linguistique stricto sensu, et à la question du figement, à moins de la théoriser dans un cadre précis, comme tente de le faire actuellement l’équipe de Ducrot. Cependant, elle fournit un principe explicatif général indispensable à la compréhension du figement de certaines expressions ou collocations : la récurrence de certaines associations lexicales ne s’explique en effet que parce qu’elles correspondent à des schémas issus de la culture. La langue en ce sens est un réservoir de stéréotypes, qui sont lexicalisés grâce à ce que l’on nomme, d’un terme qu’il nous faudra préciser, le figement :

« Le figement peut être considéré comme un moyen majeur de création lexicale : il produit, en effet, non seulement des unités lexicales proprement dites (les locutions grammaticales), mais aussi d’autres séquences à forme fixe qui font partie du vocabulaire au même titre que le vocable simple. » (Schapira, 1999, p.12).

 

La dimension culturelle et conservatoire des stéréotypes ne doit pas masquer non plus le fait qu’il y a toujours aussi possibilité de créer de nouvelles associations, en fonction de nouvelles expériences sociales, ou en fonction de schémas mentaux qui permettent de voir le monde autrement, notamment grâce à la création littéraire.  Pour la suite de notre étude, il conviendra de séparer nettement la perspective rhétorique, qui permet de considérer les stéréotypes comme des formes fossilisées, peu inventives et la perspective linguistique, qui s’intéresse à toutes les expressions lexicalisées, quel que soit le point de vue qu’on peut adopter par ailleurs lorsqu’on se place du point de vue stylistique.  Nous laisserons donc de côté les termes de « cliché », «lieu commun », etc., pour tenter de mieux discerner le fonctionnement sémantique et syntaxique des expressions figées ou semi-figées. Si l’on se place comme nous dans une perspective d’application lexicographique, il n’en convient pas moins de signaler les différents « effets » stylistiques produits par leur emploi.

 

 

 





[1][1] Il faut aussi signaler l’existence d’une autre tradition française, celle d’un J.-B. Marcellesi ou d’un L. Guespin, pour lesquels l’analyse du discours ne constitue qu’un sous-domaine de la sociolinguistique, auquel il convient d’appliquer les outils et les concepts de cette discipline (voir les remarques critiques de M. Pêcheux & F. Gadet, 1977, et D. Maldidier, 1990).

[2][2]  Le terme de « formation discursive » a été progressivement utilisé par l’analyse de discours dans un sens très large pour désigner « tout ensemble d’énoncés socio-historiquement circonscrit que l’on peut rapporter à une identité énonciative : le discours communiste, l’ensemble des discours tenus par une administration, les énoncés relevant d’une science donnée, le discours des patrons, des paysans, etc. » (DAD, p.271). D’où le risque de dissolution de la notion.

[3][3] A travers le concept de « pré-construit », M. Pêcheux et P. Henry ont traité en particulier les phénomènes présuppositionnels, qui ne relèvent pas, pour eux, simplement de la structure interne linguistique, mais traduisent les évidences idéologiques qui paraissent s’inscrire « naturellement » dans la langue. (Voir la discussion Henry-Ducrot, dans Le mauvail outil).

[4][4] Si le projet initial de M. Pêcheux était voué à l’échec, c’est en raison de l’utilisation ambiguë du concept de paraphrase, dont le statut initial de simple donnée linguistique (chez Harris) s’est déplacé dans l’ADF et a été intégré à une théorie de la signification des discours. (Voir Marandin, 1979, p.38).

[5][5] Cf. la notion de lexiculture chez R. Galisson.

[6][6] Même si, comme le rappelle J.-J. Vincensini (2000), le motif narratif conserve une certaine indépendance, autorisant des parcours différents.

[7][7] Aristote divise la rhétorique en trois genres, non pas tant d’après le contenu du discours que d’après la relation du discours à l’auditeur, relation qui reflète elle-même les trois attitudes possibles à l’égard du temps: le jugement sur le passé appelle le genre judiciaire ; l’attitude spectatrice et non critique à l’égard du présent favorise le panégyrique et le blâme, objets du genre épidictique; enfin, la délibération sur l’avenir, tâche qui incombe à Athènes à l’Assemblée du peuple, suscite le genre délibératif (Rhét., I, 3, 1358 b 13-20). (Encyclopédie Universalis, Aristote).