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Introduction
Les dernières décennies ont connu des processus
de redéfinition radicale de la territorialité. A la suite
de l'expansion des marchés et des réseaux financiers et
sous la poussée des changements introduits par les nouvelles
techniques de l'information et de la communication, les frontières
géo-politiques traditionnelles sont devenues de plus en plus
poreuses et l'enchevêtrement entre sphère locale, régionale,
nationale, mondiale apparaît plus que jamais manifeste. Ces transformations
touchent directement le secteur de la communication publicitaire qui
participe activement à la construction d'une nouvelle géographie
des marchés et des cultures, tricotant pour reprendre
une expression d'Armand Mattelart "une maille de plus en
plus ferme entre l'économie et la culture mondialisée"
(Mattelart, 1989).
À l'heure actuelle, la dimension transnationale se présente
comme un enjeu crucial pour l'industrie publicitaire. Le franchissement
des frontières concerne à la fois la demande des annonceurs,
l'offre des médias, l'organisation des agences, l'élaboration
des stratégies et des messages. L'urgence des questions actuelles
ne doit pas pourtant faire oublier que le développement transnational
est un élément constitutif de l'histoire de la publicité.
Dès ses premières manifestations, la publicité
a suivi la géographie des échanges commerciaux et a parcouru
les territoires vers lesquels se dirigeaient les intérêts
marchands. Par conséquent, c'est au cours du dernier quart du
XIXe siècle, en coïncidence avec le grand essor du commerce
international, qu'apparaissent les premières formes de publicité
transnationale et qu'émergent des activités spécialisées
dans ce secteur.
Cet article se propose de mettre en évidence quelques-unes des
logiques structurantes qui dirigent le développement de la communication
publicitaire au-delà des marchés nationaux; il s'attache
plus particulièrement à examiner l'évolution des
approches des professionnels en matière de publicité transnationale
aux Etats-Unis et en Europe. L'étude prend appui sur une analyse
critique des théories et des techniques mises au point par les
publicitaires et par les spécialistes en marketing pour la promotion
d'un même produit dans plusieurs contextes nationaux. Résultat
d'un enracinement dans la pratique réelle du métier et,
au même temps, indice de l'effort du secteur publicitaire à
se doter d'une rationalité implacable qui se veut scientifique,
la littérature professionnelle constitue à cet égard
un bon terrain d'exploration. Pour mener cette étude nous avons
examiné un corpus de textes ayant deux origines principales.
Il s'agit d'une part, de manuels, ouvrages monographiques portant sur
la publicité en général et sur les stratégies
transnationales en particulier et, d'autre part d'articles publiés
dans les principales revues spécialisées en marketing
et publicité française et anoglo-saxonnes.
La publicité dans
le village planétaire : le mirage de la standardisation
Par-delà des suggestions et des exemples disséminés
dans les premiers périodiques et manuels professionnels (cf.
entre autres Arren, 1914), la première tentative de définir
un ensemble de règles pour mener une action publicitaire hors
des frontières est représentée par un ouvrage paru
en 1923 aux Etats-Unis, Export Advertising de David L. Brown.
Responsable du service commercial de Goodyear, Brown supposait que la
publicité étant née aux Etats-Unis, les principes
de l'advertising américain devaient être considérés
comme universels. Les annonceurs américains n'étaient
donc pas censés adopter à l'étranger des méthodes
différentes de celles qu'ils employaient aux Etats-Unis: "Les
gens sont partout les mêmes dans tous les pays civilisés.
Ils parlent, ils lisent des journaux et des magasins, ils ont les yeux
pour regarder les affiches, ils ont besoin de toute sorte de produits
et ils répondent aux mêmes sollicitations comme, par exemple,
pourquoi ils doivent acheter ce produit et pas un autre" (Brown,
1923).
Brown jugeait pourtant nécessaire d'adapter le "style"
du message aux différents marchés. Cette adaptation ne
devait concerner que le texte, car, comme il estimait que le langage
des images était un langage universel, il suggérait de
ne pas modifier les illustrations. Pour rendre l'adaptation du "style"
adéquate au nouveau contexte, selon Brown, il fallait avoir une
aptitude à l'exportation (export mind), c'est-à-dire
connaître la culture, les habitudes, les modes de vie du pays
cible. Toutefois, Brown n'attribuait pas la nécessité
de modifier le message à des motivations d'ordre culturel, mais
plutôt à des difficultés liées au positionnement
du produit dans les divers marchés. En fait, comme les produits
américains commençaient à être exportés
au moment où ils étaient déjà consolidés
dans le marché intérieur, Brown conseillait d'utiliser
pour le lancement à l'étranger les campagnes précédemment
employées pour le lancement sur le marché américain.
Même si le manuel de Brown se fondait sur une représentation
fort schématique de l'action de la publicité, il reconnaissait
tout de même des obstacles à l'exportation des messages
promotionnels. A cet égard, quelques années plus tard,
un rédacteur de la revue des publicitaires américains
Printers Ink écrivait : "Les possibilités
de développement, la concurrence, la résistance à
la vente changent énormément dans les différents
pays; et de même que les services des ventes pour l'exportation
de chaque compagnie doivent adapter et modifier leurs efforts de vente,
de même les efforts de la publicité pour l'exportation
doivent être soigneusement dirigés et modifiés"
(Robertson, 1927). Les interrogations posées par la publicité
transnationale ont donc porté, dès le début, sur
le transfert, la modification, l'adaptation des messages.
C'est surtout à partir des années 60 que la possibilité
de transférer des campagnes de publicité d'un contexte
national à l'autre est devenue un problème aussi central
que controversé parmi les professionnels du marketing et de la
publicité. À l'époque l'attention était
focalisée sur la publicité en Europe qui représentait
un laboratoire des stratégies transnationales et un terrain pour
les mettre à l'épreuve. Pendant les années 60,
les pays de l'Europe de l'Ouest constituaient, en effet, le principal
marché d'importation des marchandises produites aux États-Unis
ainsi que le terrain d'action des filiales des agences publicitaires
américaines, créées dans le sillage de l'expansion
des grandes firmes d'outre-Atlantique.
Le long débat qui a pris corps dans la presse spécialisée
s'est développé autour de quelques questions principales
: une campagne de publicité est-elle exportable ? Est-ce qu'il
faut tenir compte, et dans quelle mesure, des diversités nationales
? Une campagne unique utilisée dans tous les pays est-elle aussi
efficace que des messages conçus pour chaque contexte national
? Sur la toile de fond des hypothèses macluhaniennes du "village
planétaire" (Carpenter, Mc Luhan, 1960 ; Mc Luhan, 1977),
les premières interventions ont soutenu l'opportunité,
voire la nécessité, de s'adresser aux consommateurs de
tous les pays avec les mêmes messages et donc de promouvoir les
produits destinés à des marchés différents
avec des campagnes de publicité partout identiques. En particulier,
la parution dans Advertising Age et dans le Journal of Marketing
de deux articles signés par le publicitaire suédois Erik
Elinder en faveur d'une standardisation complète des messages
publicitaires a déclenché une controverse qui n'a pas
cessé d'être alimentée pendant des années
(Elinder, 1961, 1965).
Elinder visait à démontrer qu'en Europe, l'élaboration
de stratégies publicitaires au niveau national était un
choix tout à fait injustifié et anti-économique.
Il affirmait que, dans le domaine de la publicité, il fallait
suivre les règles de standardisation adoptées dans le
secteur de la production, qui permettaient de créer un produit
identique pour l'ensemble du monde. En accord avec les thèses
de Mac Luhan, Elinder soutenait que le développement des médias
et la croissance de la mobilité des hommes avaient effacé
les distances géographiques et que ce rétrécissement
de l'espace était allé de pair avec un nivellement des
goûts et des styles de vie selon les modèles proposés
par la culture de masse. D'après Elinder, c'était justement
l'internationalisation des produits de l'industrie culturelle qui devait
représenter un exemple pour les publicitaires : "Si des
peuples de langues et traditions différentes peuvent lire les
mêmes produits journalistiques, éditoriaux, théâtraux,
pourquoi le publicitaire ne doit-il pas choisir un message international
unique ?" (Elinder, 1962, p. 37).
Ces opinions étaient partagées par le fondateur des recherches
motivationnelles, Ernest Dichter qui, dans les mêmes années,
affirmait que la modernisation impliquait une convergence des goûts,
des désirs et des motivations d'achat et l'inévitable
naissance d'un "consommateur-monde" (Dichter, 1962). Comme
Elinder, Dichter affirmait que les poussées universalistes à
l'oeuvre dans la sphère de la consommation étaient alimentées
non seulement par les intérêts marchands, mais aussi par
le développement des réseaux de transport et de communication
: "Le jet réduit les distances physiques, le commerce international
et les communications de masse brisent les barrières. Le monde
est en train de s'ouvrir. Le Marché Commun s'élargira
jusqu'à devenir un Marché Atlantique et ensuite un Marché-Monde"
(ibidem, p. 113).
Uniformiser les stratégies et les messages publicitaires représentait,
dans cette perspective, la réponse la plus adéquate au
nouveau cadre économique. Selon Arthur C. Fatt de l'agence internationale
Gray Advertising, pour communiquer avec le "consommateur-monde"
il fallait se servir d'"accroches publicitaires universelles"
traduites dans la langue de chaque pays. Sans méconnaître
l'hétérogénéité des marchés
nationaux, Fatt affirmait que les campagnes transnationales pouvaient
aisément dépasser les diversités sociales et culturelles,
agissant sur des besoins et sur des désirs "primaires",
communs à toute l'humanité. De ce point de vue, derrière
les différences il fallait donc rechercher une unité foncière
et généralisée. Sans s'éloigner des thèses
des années 20, Fatt soutenait que "le mot-clé est
universel. Une campagne convenable à un usage international doit
promouvoir un produit par des arguments universels. Mais qu'est-ce que
c'est un argument universel ? Le désir d'être beau est
universel. Des sujets comme "mère et enfant", "se
libérer de la douleur", "santé" ne connaissent
pas de frontières" (Fatt, 1967, p. 61).
Le recours à des dénominateurs communs, à des motivations
largement partagées était vu comme la solution la plus
avantageuse sur le plan de la cohérence et de l'efficacité.
La standardisation fournissait à l'annonceur l'opportunité
d'offrir une image du produit uniforme et cohérente dans tous
les pays. Mais, par rapport à l'approche pays par pays, il y
avait surtout des gains à espérer de la standardisation
de la publicité, tant par la réduction des coûts
de production des campagnes, que par une plus grande maîtrise
des opérations (Buzzel, 1968). Cela était d'autant plus
vrai dans le cas de la publicité télévisée.
Comme l'affirmait un dirigeant de la Schwerin Research Corporation,
un organisme spécialisé dans la vérification des
effets des spots télévisés, les annonceurs étaient
favorables à la diversification d'annonces, d'affiches, de messages
radiophoniques. Mais ils n'acceptaient pas de faire réaliser
un spot pour chaque pays, car c'était trop onéreux (Newell,
1964).
Les professionnels qui ont pris parti pour l'approche de la standardisation
ont donc fondé leurs hypothèses sur les avantages économiques
et organisationnels que la démarche uniforme impliquait, sur
une sur-estimation du pouvoir d'homogénéisation des forces
économiques et sur une sous-estimation des facteurs de diversité.
Mais ils ont aussi appuyé leurs opinions sur une représentation
simplifiée des motivations des consommateurs ainsi que sur une
vision déterministe du phénomène du rapprochement
culturel, considéré comme une conséquence nécessaire
du développement technologique et de l'universalité marchande.
Selon ces thèses, les modèles de consommation propres
aux sociétés industrielles correspondaient à une
aspiration partagée par tous les peuples et, de ce fait, représentaient
une sorte de standard valable en tout lieu.
Ces propositions se fondaient donc sur une notion de modernisation comme
projection univoque de l'expérience américaine à
l'échelle mondiale. Ainsi, l'idéologie marchande se voyait-elle
élevée au rang de norme universelle. C'est ce que justement
dénonçaient les études critiques de la communication
internationale selon lesquelles la diffusion de messages publicitaires
partout identiques aurait eu l'effet d'homogénéiser l'humanité
selon une civilisation du spectacle et du gaspillage capable d'entamer
irrémédiablement les cultures locales : "La publicité
sert comme mécanisme pour la dissémination à l'échelle
globale d'un complexe spécifique de patterns culturels,
d'un mode de vie particulier. [...] Les entreprises transnationales
ont tendance à employer une seule campagne pour vendre leurs
produits sur la scène globale. [...] Les conséquences
pour la souveraineté culturelle sont évidentes. Les cultures
nationales sont en train d'être effacées et déformées
par la logique d'expansion transnationale des produits et de la publicité
qui les soutient" (Janus, Roncagliolo, 1979).
Les thèses de la standardisation se sont donc trouvées
la cible des attaques de la pensée critique contre la publicité.
Mais, pour d'autres motivations, elles ont suscité de vives oppositions
même dans le milieu professionnel.
Le poids des différences
et les avantages de la diversification
Il ressort de la littérature professionnelle anglo-saxonne des
années 60 et 70 que la création d'un seul message publicitaire
à diffuser pour l'ensemble de la planète a représenté
une aspiration de nombre d'annonceurs et de publicitaires plus qu'une
solution effectivement pratiquée : même à l'époque
de la grande expansion de l'industrie publicitaire américaine,
la standardisation n'a sûrement pas été la stratégie
privilégiée par les annonceurs qui souhaitaient conquérir
les marchés étrangers, notamment européens. À
la fin des années 60, selon les résultats d'une enquête
menée auprès de 70 firmes américaines exportatrices
de biens non-durables par James Donnelly et John Ryans, professeurs
de marketing et de business international à l'université
de Kentucky, 7,1 % de ces firmes signalaient avoir eu recours à
la standardisation au moins pour la moitié de leurs campagnes
de publicité. 75 % des entreprises spécifiaient que la
partie verbale de leurs campagnes internationales avait été
modifiée selon les pays tandis que les images étaient
partout identiques. La solution la plus extrême de standardisation,
c'est-à-dire la simple traduction du texte sans aucun autre changement,
était adoptée par 22,8 % des entreprises (Donnelly, Ryans,
1969).
Selon une partie du milieu professionnel, la permanence, voire le renforcement
du caractère national de la publicité démentait
l'inéluctabilité de la standardisation. De plus, l'exportation
de campagnes américaines ou l'élaboration de solutions
uniformes au niveau européen se présentaient comme des
opérations complexes et risquées, susceptibles de se heurter
aux différences qui séparaient les divers contextes nationaux.
En 1962, à l'occasion du deuxième séminaire international
de marketing management, les raisons de la diversification étaient
résumées de la façon suivante : "Dans l'Europe
de l'Ouest il y a encore de grands obstacles à une publicité
internationale plus standardisée - ces obstacles sont déterminés
tout d'abord par la variété des cultures et des langues,
par une planification du marketing encore insuffisante, par la diversité
du panorama médiatique et par les différents systèmes
législatifs" (Roostal, 1963, p. 20).
Les arguments en faveur d'une diversification des stratégies
et des messages s'appuyaient donc tout d'abord sur la mise en évidence
d'obstacles d'ordre culturel. Dans le contexte européen, les
diversités en termes de mentalités, de pratiques de consommation,
d'habitudes d'achat, de goûts apparaissaient trop enracinées
pour envisager des formes de publicité homogènes et efficaces
partout. L'expérience européenne prouvait que la recherche
de références communes était un processus beaucoup
plus aléatoire que ne le laissaient penser les visions univoques
des partisans de la standardisation. Selon le publicitaire américain
Virgil Reed, "il est vrai que tout le monde est motivé par
les mêmes instincts, par les mêmes sensations, par les mêmes
passions et les mêmes aspirations, mais les différentes
façons d'exprimer ces motivations et ces aspirations peuvent
faire échouer les plans de marketing et les campagnes publicitaires"
(Reed, 1967, p. 587).
La plupart des publicitaires et des annonceurs considéraient
d'éventuels malentendus comme le problème principal posé
par l'uniformisation des messages. Dès la fin de la seconde guerre
mondiale, le courant de la recherche interculturelle en communication
(Intercultural Communication Research) avait mis en relief les
difficultés de compréhension que les échanges communicationnels
entre culture différentes comportaient. Dans le sillage des recherches
menées par Edward T. Hall sur les codes de communication transculturelle
(Hall, 1992), une série d'autres études avait fait ressortir
les limites à l'exportabilité des formes d'expression
verbale et non verbale. En ce qui concerne la communication promotionnelle,
Gordon E. Miracle, professeur de publicité à la Michigan
State University identifiait trois risques possibles : "1)
le message peut ne pas atteindre le destinataire envisagé ; 2)
le message peut ne pas être compris dans le sens envisagé
par l'émetteur ; 3) le message peut ne pas amener le destinataire
à accomplir l'action envisagée par l'émetteur"
(Miracle, 1968, p. 30). Même l'un des exemples les plus célèbres
de standardisation, à savoir la campagne pour l'essence Esso,
dont seul avait été traduit le slogan "Mettez un
tigre dans votre moteur", avait posé des problèmes
de compréhension ("Dans certains pays, comme la Thaïlande,
le tigre n'est pas un symbole de force et la campagne n'a été
pas comprise" (ibidem, p. 32), et des ajustements étaient
devenus indispensables.
Pendant les années 60 et 70, afin de quantifier l'efficacité
de la standardisation et de vérifier les risques de malentendus,
des tests ont été effectués auprès de cibles
de différentes nationalités (Lorimor, Watson Dunn, 1967,
1968 ; Green, Cunningham, Cunningham, 1975). Avec ces travaux à
caractère comparatif, pour la première fois, l'étude
de la publicité transnationale a pris en compte les réponses
du public. Malgré toutes leurs limites méthodologiques,
les premières recherches sur les cibles montraient que l'héritage
culturel de chaque aire historico-géographique avait un poids
déterminant dans la réception et dans l'interprétation
des messages. De ce fait, les résultats des comparaisons confirmaient
la nécessité d'adopter une stratégie de différenciation.
Les interventions en faveur de la diversification des campagnes soulignaient
également l'hétérogénéité
de l'offre de médias dans les différents pays. La plupart
des textes concernant la publicité transnationale publiés
aux États-Unis au cours des années 60 et 70 fournissaient
des indications aux annonceurs et aux publicitaires américains
pour qu'ils se repèrent dans les différents systèmes
médiatiques. Comme l'écrivait un professionnel américain,
"la structure complexe des médias dans les nations européennes,
due aux différentes réglementations, complique énormément
la planification et la réalisation d'une publicité efficace
dans le Marché Commun" (Boothof, 1969, p. 16).
Entre la standardisation
et la diversification : les théories des réponses flexibles
Au cours des années 60 et 70, entre ces deux points de vue opposés,
l'un en faveur d'une complète uniformisation des stratégies
et des messages, l'autre pour une élaboration de la publicité
au niveau national, un large éventail d'options intermédiaires
s'est affirmé.
Un certain nombre de travaux s'est donné pour objectif d'identifier
les conditions dans lesquelles le recours à la standardisation
se révélait avantageux et les facteurs qui, au contraire,
imposaient une diversification des stratégies et des messages.
Ainsi, afin de fournir une aide à l'orientation des choix, de
nombreux chercheurs se sont attachés à isoler une série
de critères liés aux caractéristiques des consommateurs,
aux attributs du produit, à l'organisation des activités
à l'étranger de l'annonceur, aux cadres juridiques et
à l'offre des médias.
En ce qui concerne les consommateurs, les études en matière
de segmentation et notamment les études sur les styles de vie,
en vogue entre la fin des années 70 et le début des années
80, ont été bientôt étendues à la
sphère transnationale. Initialement, la segmentation se fondait
sur des critères essentiellement démographiques. Vers
la fin des années 60, par exemple, Gordon Miracle écrivait
: "Quand un ensemble de caractéristiques telles que les
revenus, l'éducation, l'occupation sont similaires, les caractères
des consommateurs individuels tels que les besoins, les attitudes et
les achats peuvent être aussi similaires" (Miracle, 1968,
p. 35). Un an plus tard, le spécialiste de marketing John Ryans
suggérait aux acteurs de la publicité transnationale de
tenir compte de l'existence de catégories de consommateurs qui
présentaient les mêmes caractéristiques dans les
différents pays. Choisissant comme paramètre l'attitude
à l'égard des produits étrangers, Ryans cernait
trois catégories principales : les consommateurs internationaux
sophistiqués, les consommateurs semi-sophistiqués et les
provinciaux (Ryans, 1969). Ensuite, d'autres interventions ont essayé
d'identifier un nombre de critères de plus en plus détaillés.
Un article paru en 1974, par exemple, identifiait vingt cinq variables
relatives à trois critères principaux : modèles
de consommation, caractéristiques psychosociales, facteurs culturels.
Sur la base de ces indicateurs, un instrument d'analyse des cibles transnationales
avait été élaboré. Le but était de
trouver un système pour pouvoir prendre en considération
des éléments non-quantifiables, normalement négligés,
mais qui, pourtant, représentaient le point essentiel des choix
en matière de publicité transnationale (Britt, 1974).
Alors que les recherches menées jusqu'à ce moment-là
ne visaient qu'à la définition des variables et à
la mise au point de méthodes d'analyse, la première véritable
étude sur la segmentation à l'échelle transnationale
a été menée vers le milieu des années 70
par l'agence internationale de publicité Leo Burnett. Il s'agissait
d'une recherche comparative sur les styles de vie en France et en Grande
Bretagne visant à reconnaître des groupes (clusters)
unis par les mêmes valeurs, aspirations et niveaux de vie par-delà
des frontières géographiques. Cette recherche laissait
supposer que la standardisation représentait la meilleure solution
lorsque le produit s'adressait à des segments de consommateurs
similaires dans tous les pays. Pourtant, dans la conclusion, les auteurs
mettaient en garde les annonceurs et les agences contre les risques
de toute généralisation de cette approche (Burnett, 1975).
Comme d'autres études du même genre, cette recherche présentait
des résultats ambigus. D'un côté, elle indiquait
qu'il y avait des différences là où l'on voulait
voir l'homogénéité et signalait que le monde n'était
pas en train de s'uniformiser dans une énorme "middle
class", mais qu'au contraire l'espace social restait un espace
de différenciation. De l'autre côté, cette approche
tendait à réduire la complexité en classifiant
les individus à partir d'indicateurs forcément limités.
Parallèlement, d'autres interventions soulignaient que les stratégies
pour la publicité transnationale devaient prendre en compte les
caractéristiques du produit. Même dans ce cas, multiples
étaient les critères que l'on recommandait de prendre
en considération: durabilité, prix, fonctions, positionnement,
connotations symboliques, connotations géographiques, etc. En
général, le recours à la standardisation était
conseillé pour la promotion de produits non durables, peu chers,
avec une faible connotation nationale, visant à satisfaire des
besoins élémentaires, distribués et positionnés
de la même façon dans plusieurs pays, vendus avec le même
emballage et sous le même nom (Lanigan, 1962 ; Watson Dunn, 1964
; Ryans, 1969).
Un autre facteur souvent pris en compte dans l'analyse des publicités
transnationales est le type d'organisation de l'annonceur et de l'agence
de publicité. L'organisation des activités de production
et de distribution des entreprises multinationales semblait à
juste titre influencer sensiblement les stratégies de communication
publicitaire. Les résultats des recherches effectuées
à ce propos concordaient sur le fait qu'à un niveau plus
élevé de centralisation des décisions, correspondait
un degré plus haut de standardisation des campagnes publicitaires.
À cet égard, le choix de l'agence est apparu comme un
élément décisif. En effet, si les filiales locales
de l'annonceur avaient le pouvoir de s'adresser chacune à une
agence différente, le résultat du point de vue de la communication
publicitaire serait qu'il y aurait autant de stratégies et de
messages que de pays. En effet, des agences qui n'appartenaient pas
au même réseau acceptaient difficilement d'élaborer
des stratégies communes : "l'expérience montre que
de différentes agences sont souvent récalcitrantes à
accepter des directives uniformes... elles préfèrent mettre
en évidence leur talent créatif et leur originalité,
plutôt que de suivre le chemin de la conformité" (Peebles,
Ryans, Vernon, 1977, p. 574). Le recours à une agence internationale
représentait, au contraire, une condition nécessaire pour
une plus grande uniformité des stratégies et des messages
dans les divers marchés nationaux.
D'autres interventions se sont focalisées sur l'analyse des solutions
adoptées par les acteurs de la publicité. Cette analyse
révélait qu'en réalité la publicité
transnationale ne se polarisait pas dans deux formules opposées
: totale uniformisation/totale diversification. Bien au contraire, c'était
toute une gamme de solutions qui s'offrait. De ce fait, une nouvelle
définition du concept de standardisation s'imposait, car dans
l'acception proposée initialement, à savoir la diffusion
d'un message unique sans aucun changement dans tous les pays, elle n'avait
jamais été réalisée. À vrai dire,
le niveau maximum de standardisation avait été atteint
par des annonces ou des campagnes dont le texte seulement avait été
traduit (et parfois adapté) suivant les pays, comme dans le cas
de nombreuses campagnes de Coca Cola. Mais, à cause des contraintes
imposées par les particularités territoriales et des risques
qu'elle impliquait, cette solution était loin d'être la
plus pratiquée.
En revanche, au cours des années 70, une nouvelle tendance s'était
affirmée, celle de la "pattern-standardisation"
ou "semi-standardisation". Selon cette formule, il fallait
établir en amont une direction uniforme pour la présentation
du produit dans tous les pays. En même temps, il était
à prévoir qu'une série d'éléments
pouvaient être modifiés conformément aux diversités
territoriales. Ainsi, la structure centrale de la campagne, à
savoir le sujet et les accroches, était élaborée
au siège central de l'annonceur ou de l'agence. Une fois qu'un
axe commun avait été fixé, les responsables du
siège central élaboraient aussi un slogan, des images,
des textes, une mise en forme. Mais il s'agissait de propositions susceptibles
de changements, d'aménagements, d'adaptations qui pouvaient être
effectués selon les contextes nationaux par les responsables
locaux. Évidemment, le fait de modifier ou d'adapter une partie
du message n'était pas une solution tout à fait inédite.
Dès la fin du XIXème siècle les acteurs locaux
(régies, agences-conseils, représentants) étaient
chargés d'ajuster la forme ou le contenu des annonces en fonction
des différences territoriales. En réalité, la nouveauté
de la "semi-standardisation" résidait plutôt
dans le fait d'être une "planification de la diversité"
(Pollard, 1976, p. 291). Il s'agissait d'un effort organisé de
l'agence et/ou de l'annonceur pour trouver des traits constants, des
éléments invariables ainsi que pour identifier au préalable
les éléments qui devaient ou pouvaient être remplacés,
modifiés, adaptés. De cette façon, la souplesse
qui caractérisait cette formule était contrebalancée
par une maîtrise des opérations au niveau central, qui
gardait toujours le contrôle sur les lignes générales,
établissant a priori ce qui pouvait être changé.
Les perspectives
actuelles : du global au "glocal"
Au cours des années 80, l'interpénétration grandissante
des marchés, le développement de médias capables
de dépasser les frontières nationales, les nouveaux modes
d'organisation des entreprises en relation avec l'"espace-monde",
la constitution de réseaux planétaires d'agences de publicité,
relançaient certains points clés de la controverse des
années 60 et 70.
Au début des années 80, la réflexion sur la publicité
transnationale a été relancée et placée
dans le cadre plus ample des études de marketing avec la parution
d'un article de l'économiste américain Théodore
Levitt, directeur de l'Harvard Business Review. Reprenant les
thèses de Mc Luhan ainsi que les propositions avancées
par le publicitaire suédois Eric Elinder, Levitt fournissait
une théorisation du concept de "global" et de "globalisation"
qui a nourri, depuis lors, revues spécialisées et séminaires.
D'emblée, Levitt émettait son hypothèse de fond
: "Un courant puissant conduit le monde vers une communauté
convergente. Ce courant, c'est la technologie. Elle a vulgarisé
les communications, les transports et les voyages. Elle a sensibilisé
les peuples des zones isolées et pauvres aux avantages de la
vie moderne. Presque tout le monde, partout, désire toutes ces
choses dont on parle, qu'on a goûtées par l'intermédiaire
des technologies nouvelles. Résultat : une nouvelle réalité
commerciale, l'émergence de marchés globaux pour des produits
standardisés, à une échelle jusqu'ici inimaginable"
(Levitt, 1983, p. 6).
Cette dérive générale vers l'homogénéisation
du monde obligeait, selon Levitt, les entreprises à abandonner
l'approche multinationale et à adopter une approche globale.
Citant les définitions qu'en donne Levitt, "la multinationale
opère dans de nombreux pays, à un prix relativement élevé",
elle s'adapte aux différences "d'une manière médiévale"
alors que "la compagnie globale opère avec une constance
résolue à de bas prix relatifs, en standardisant ses produits
et ses méthodes de ventes, comme si le monde entier était
une entité unique" (ibidem, p. 7). Ainsi, pour se conformer
à la convergence mondiale croissante et pour pouvoir survivre
dans le nouveau cadre de l'économie globale, les entreprises
devaient suivre les règles de l'économie d'échelle
: créer un produit unique, le commercialiser à un prix
unique, le plus bas possible, utiliser en tout lieu les mêmes
circuits de distribution et avoir recours à des campagnes de
publicité standardisées.
La thèse soutenue par Levitt mettait en discussion l'approche
traditionnelle du marketing, considéré comme responsable
des limites des opérations des multinationales. En effet, l'erreur
des multinationales était, selon l'économiste américain,
d'avoir mis en oeuvre les impératifs de diversification dictés
par les départements marketing. Dans le but de donner au consommateur
ce qu'il disait vouloir, elles ont donc surestimé le pouvoir
des différences culturelles qui étaient, d'après
Levitt, des vestiges du passé.
Cet article a entraîné nombre de critiques et de commentaires
portant sur plusieurs aspects : les caractères et les formes
de la globalisation, les raisons qui engendrent ce processus, l'existence
d'un marché global, les méthodes pour exploiter l'intégration
croissante des marchés. Les réactions les plus vives sont
venues justement de ceux qui reconnaissaient la complexité de
l'univers de la demande et qui jugeaient donc nécessaire de revenir
aux fonctions de base du marketing, à savoir la capacité
de formuler des propositions commerciales segmentant le marché
en fonction des différences qui le parcourent.
Un groupe d'économistes américains a accusé le
directeur de l'Harvard Business Review de proposer des conjectures
sans fondement scientifique : ni la thèse de l'accomplissement
du processus de globalisation des marchés, ni l'affirmation de
la supériorité des stratégies propres à
l'économie d'échelle ne se fondaient, en effet, sur des
données concrètes (Boddewyn, Soehl Picard, 1986). Néanmoins,
comparées avec les résultats de trois recherches menées
en 1963, 1973 et 1983 sur l'intégration des marchés en
Europe, les hypothèses de Levitt pouvaient être partiellement
validées : entre 1973 et 1983, en Europe, la standardisation
de la production et de certaines parties du marketing-mix avait considérablement
augmenté. Toutefois, en ce qui concerne le domaine de la publicité,
ces études attestaient une forte tendance à l'adaptation
plus qu'à l'unification : "les processus de standardisation
du produit, de la marque et de la publicité ne sont pas synchronisés
car la publicité résiste à la standardisation plus
que les deux autres" (ibidem, 1973). Boddewyn, Sohel et Picard
en concluaient qu'une tendance vers une forte homogénéisation
du marché international et vers la création d'habitudes
de consommation de plus en plus uniformes allait de pair avec une diversification
des campagnes de publicité en fonction de la segmentation grandissante
du public.
Une partie des interventions a mis en évidence la coexistence
de deux tendances à l'apparence inconciliables : d'un côté,
la présence d'une concurrence mondiale, l'interdépendance
grandissante des marchés et l'émergence de produits globaux
; d'un autre côté un processus de démassification,
voire de personnalisation de la consommation. En fait, de nombreuses
recherches menées au cours des années 80 montraient que
la notion de globalisation devait de plus en plus être associée
à celle de segmentation et que, même pour les marchés
nationaux, il n'était pas possible de parler d'une culture et
d'un marché homogènes (Rutigliano, 1986). Afin de concilier
ces deux tendances contradictoires, des solutions intermédiaires
inspirées de la maxime écologiste "think global,
act local" ont été proposées. En France,
on a parlé, par exemple, de "marketing semi-global"
- "global au niveau stratégique d'abord, semi-global voire
local au plan opérationnel ensuite"(Blanche, 1987, p. 60)
- ou de "marketing interculturel" (Usunier, Sissmann, 1986).
Ces formules se fondent sur le principe selon lequel la réduction
des coûts et la simplicité de gestion propres à
l'approche globale n'impliquent pas forcément une standardisation
absolue, car certains éléments des stratégies de
commercialisation résistent à l'uniformisation. Il est
donc nécessaire de procéder par des approches subtiles,
par des stratégies flexibles, par des procédés
capables d'intégrer des nuances et des ajustements.
Le problème qui se posait était celui d'"adapter
le marketing global" (Quelch, Hoff, 1986). Cela non seulement parce
que chaque entreprise crée sa propre approche suivant les situations,
mais aussi pour d'autres raisons : la fonction marketing, par exemple,
est habituellement plus difficile à centraliser que la production
ou la finance qui ont des performances plus mesurables. De la même
façon, des éléments stratégiques de la politique
interne tel le positionnement se prêtent plus facilement à
la standardisation que certains facteurs plus sensibles à la
qualité de l'exécution comme la promotion des ventes.
Considérant ces démarches intermédiaires, la communication
publicitaire, en raison de son caractère fortement "culturel",
est l'un des aspects qui doivent être soumis à des opérations
d'adaptation. En effet, comme le soulignent les partisans du marketing
"glocal", dans la mise au point de stratégies publicitaires
il est nécessaire d'intégrer la législation locale,
les caractéristiques spécifiques du marché, le
niveau de vie, la position du produit sur le marché, les circuits
de distribution, les motivations d'achat, les différences socio-culturelles,
la langue.
Pour toutes ces raisons, en 1987, Ursula Grüber, spécialiste
de publicité transnationale, écrivait : "L'adaptation
fait désormais partie intégrante de la publicité.
Elle revêt une importance évidemment décisive pour
les agences internationales qui lancent et coordonnent des campagnes
à l'échelle mondiale" (Grüber, 1987, p. 89).
De même, la Hollandaise Marieke de Mooij, experte en marketing
et auteur d'un ouvrage sur le marketing global affirme : "[Afin
de réaliser une 'grande idée' ou une plate-forme globale]
de nombreuses adaptations s'imposent. Les voix off non synchrones et
les éléments graphiques en surimpression, les commentaires
finaux et les textes doivent être traduits, adaptés ou
rédigés à nouveau. Les slogans élaborés
pour un usage global doivent être traduits et certaines traductions
doivent inclure des changements de signification influencés par
la culture" (de Mooij, 1998, p. 5).
D'après Ursula Grüber, une campagne transnationale devrait
comprendre les éléments identiques suivants : un concept
de base, une idée créative forte, un ton donné
à la communication publicitaire, les caractéristiques
du produit, diverses constantes graphiques (typographie, logo, etc.).
Ensuite, elle doit être soumise à un processus d'ajustement
qui ne se limite pas à une simple traduction, souvent incapable
de "garder au texte toute sa force, sa spécificité
et son impact originels" (Grüber, 1987, p. 89). De ce point
de vue, l'adaptation serait une solution qui se trouve à mi-chemin
entre une simple traduction et une nouvelle conception : "Il ne
s'agit pas de réinventer le message publicitaire : les adaptateurs-rédacteurs
s'attachent avant tout à garder au concept de base toute sa force
d'impact en respectant l'argumentation. Ils s'adressent au même
marché-cible sur le même ton, sans jamais perdre de vue
les caractéristiques du nouveau marché, tout en restant
le plus près possible du texte original, cela afin de contribuer
à la création d'une image cohérente et homogène
au plan mondial" (ibidem, p. 91). Dans cette optique, l'adaptation
possède un double objectif : elle doit restituer le sens du message
sans le trahir et, en même temps, elle doit relier le message
au contexte dans lequel le spot va s'insérer. Ainsi, les spécificités
culturelles ne sont-elles pas totalement effacées ou négligées.
Les références au territoire de réception sont
pourtant confinées dans des variations subtiles, dans des nuances
de la traduction ou dans la modification d'éléments apparemment
insignifiants.
Conclusion
Il est possible de mettre en évidence dans les discours des professionnels
une tendance qui va d'une ambition exclusivement uniformisante à
des théories de plus en plus sophistiquées prenant en
compte les facteurs multiples et contradictoires en jeu dans la construction
des messages et des stratégies de publicité transnationale.
Initialement, la plupart des interventions proposaient une application
simpliste des logiques régissant la sphère économique
au domaine de la communication publicitaire. Ensuite, l'attention a
été progressivement déplacée vers les spécificités
caractérisant les différents contextes territoriaux. Ce
changement de perspective a porté surtout sur la représentation
des récepteurs. Les premières hypothèses en faveur
de la standardisation des stratégies et des messages étaient
fondées sur la représentation d'un "consommateur-monde",
dirigé par une rationalité universelle ou dominé
par des instincts innés et communs à toute l'humanité
(Dichter, 1962). Par la suite, le milieu professionnel s'est efforcé
d'élaborer des modèles théoriques capables de rendre
davantage compte de la complexité de la demande sur le plan transnational
et de reconnaître non seulement la variété des facteurs
qui règlent les pratiques de consommation, mais aussi les particularismes
liés au différents territoires. Ainsi, les travaux sur
la publicité transnationale se sont graduellement attachés
à définir des stratégies visant à répondre
aux impératifs de cohérence et d'uniformité dictés
par les intérêts des annonceurs, sans négliger le
poids des diversités linguistiques, culturelles, juridiques,
sociales, économiques.
La publicité transnationale apparaît ainsi comme le résultat
d'une négociation entre des instances économiques visant
à la standardisation et des tendances à la diversification
entraînées par les spécificités socioculturelles
propres à chaque contexte national. Les acteurs de la publicité
se sont dotés d'une série de stratégies pour détourner
les particularismes des différents territoires, pour esquiver
le choc des cultures singulières. Ils ne visent pourtant pas
à les éluder. Au contraire, l'industrie publicitaire épouse
la diversité des échelons territoriaux jusqu'à
l'intégrer dans ses propres discours. Obligée à
faire face à la nouvelle morphologie des marchés et des
cultures, la publicité s'adapte à l'interpénétration
des différents niveaux territoriaux. Elle s'approprie les mouvements
de multiplication et de recomposition des territoires et parfois arrive
même à en tirer profit, en faisant de la complexité
de la nouvelle territorialité une figure de proue de ses messages.
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