Le Centre d'études stendhaliennes et romantiques
organise (sur deux années universitaires) un séminaire:
Romantisme et Mélancolie
Faisant suite au séminaire "Ecriture du Moi, écriture de l'Histoire", il se propose de continuer à explorer les questions qui, autour de Stendhal et de son temps, configurent l'arrière plan du Romantisme.
Associée au "sentiment d'incomplétude" (Encyclopédie) comme au "sentiment de l'infini" (Mme de Staël), la "coupable mélancolie" que Chateaubriand décrit dans son contexte chrétien, redessine le territoire du "pays des chimères" (Rousseau). Au moment où la psychiatrie naissante reconsidère la nosographie de la mélancolie, le "reste de raison" de Pinel fait du mélancolique un "sujet de sa folie" (Hegel). Dès lors, la mélancolie, qui était déjà, depuis Aristote, une "souffrance de l'idéal" va devenir aussi, après le bouleversement révolutionnaire, une " pathologie de la liberté" (Ey.). Indissociable de la "modernité du Beau" définie par Baudelaire, la mélancolie romantique est polymorphe : faisant alterner les prestiges de la "melancholia generosa" qui succède à "l'acedia" terrifiante du Moyen - âge, et sa force d'imagination créative, elle peut décliner toutes les séductions du "Soleil noir". C'est l'Ange de Dürer revisité par Nerval, ou l'ombre de Don Quichotte sur Stendhal et Flaubert. Le premier "homme sans nom", le Don Juan de Tirso de Molina, est réactualisé par le romantisme comme représentant d'une mélancolique quête de l'identité. Fécondant profondément l'art romantique (Delacroix, Berlioz), l'esthétique mélancolique se déploie, comme le Romantisme, tout au long du XIXè siècle et en épouse toute la variété de figures.Sans imposer aucune ligne directrice et accueillant toute perspective critique, ce séminaire souhaite interroger les liens complexes, parfois souterrains, du Romantisme et de la Mélancolie, aussi bien dans son contexte européen (Byron, Léopardi ou Novalis notamment, seront convoqués) que dans ses dimensions historiques, idéologiques et herméneutiques.